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LES NUMÉROS PASSÉS ET RÉCENTS DE L’INFO-FLASH SONT DISPONIBLES SUR NOTRE SITE INTERNET: www.amic.ca
Þ Þ Þ Þ Þ No7 No7 No7 No7 Ü Ü Ü Ü Ü Juillet 2010
FEUILLET D’INFORMATION DE L’AMIC
I- Un commentaire de Dr. Mihran Nazaretyan à la suite de l’interview de Lord Darzi
Intéressé par la lecture de l’interview de Lord Darzi parue dans le numéro spécial de l’Info-Flash de mai 2010, Dr. Mihran Nazaretyan, premier ministre de la santé de la République d’Arménie, a contacté AMIC, voulant envoyer ses propres réflexions et commentaires. Info-Flash publie ici dans son intégralité les propos de Dr. Mihran Nazaretyan.
"Des réflexions personnelles à la suite de l’interview donnée par Lord Darzi en janvier 2010, à Dr. Sonia Wartan membre de l’Association Médicale Arménienne de Grande Bretagne, en présence de Dr. Seda Boghossian-Tighe et de M. Bedo Yeghiayan.
Chers Collègues,
J’ai eu l’heureux privilège de recevoir le numéro spécial du bulletin de l’AMIC reproduisant le texte de l’interview de Lord Darzi. En tant que premier ministre de la santé de l’Arménie indépendante (1990-1991), je trouve cette interview de l’honorable Lord Darzi à la fois intéressante et informative.
Sa vision et ses approches des qualités et des performances des systèmes de santé, que cela soit dans le cadre du "National Health System" (NHS) ou hors de ce système, correspondent aux tendances globales des réformes des systèmes de santé, indépendamment des sommes annuelles allouées par les pays par tête d’habitant, (de 20 $ US à 120 $ dans la plupart des pays développés (ou moins développés), ou 2 500 $ US à 3 500 $ dans les pays européens et culminant à 6 500 $ US aux États-Unis. Source : OECD, Health Data, 2008).
Partageant la vision et les soucis de l’honorable interviewé, je voudrais apporter les réflexions suivantes :
1. Je souscris pleinement à la vision et au concept privilégiant les soins de santé primaires ainsi que les soins communautaires, utilisant ceux-ci comme moyens d’amélioration de la santé et procurant aux citoyens un égal accès aux soins, à la justice sociale, à la dignité et à la reconnaissance de droits égaux aux soins de santé. Tout autre choix mettrait sans aucun doute en danger la vie des êtres humains et conduirait à des conséquences indésirables et à une véritable discrimination.
Pensez juste à ceci :
· Un enfant né aujourd’hui en Arménie a 5 fois plus de risque de mourir avant d’atteindre l’âge d’un an et 4,7 fois plus de probabilité de mourir avant d’atteindre l’âge de 5 ans, qu’un enfant né au Royaume Uni. Si un enfant atteint les 5 ans, il a 2,6 fois de plus de risque qu’un enfant anglais de contracter la tuberculose, et une mère a 4,4 fois plus le risque de mourir durant la grossesse ou durant l’accouchement.
*Ces différences sont basées sur la base de données des Millennium Indicator des profils par pays de la Division de Statistiques des Nations Unies : http://unstats.un.org/unsd/
2. Dr. Darzi mentionne deux points importants. D’abord la fonction des polycliniques (ce sont des institutions développées durant les années où le modèle des Semashko en soins de santé était prédominant en Arménie), consistant dans une proportion de 80% à délivrer des soins de santé et de 20%, à formuler des diagnostics. (Les diagnostics étaient formulés dans des hôpitaux, surtout dans le cas de maladies compliquées). Deuxièmement, la fonction de triage et d’orientation des polycliniques n’était pas suffisamment reconnue ou appréciée par les généralistes travaillant dans ces polycliniques. Gardant ces deux points en tête, je pense qu’on oublie un troisième point, une fonction non moins importante, qui est la mission "instructive ou éducationnelle" des polycliniques et de ses généralistes dans la protection de la santé, dans la jouissance d’une vie plus saine et plus longue.
3. Dr. Darzi a pris aussi par sa remarque de "Bonne Qualité et Soins pour tous" un pas courageux, peut-être même approchant l’idéal, mais comme dit le proverbe japonais, "…le procédé permettant d’atteindre une meilleure qualité est plus important que l’affirmation que vous avez atteint cette qualité!"
Étant donné le fort taux de corruption économique et sociale répandu actuellement en Arménie, ses services en soins de santé se trouvant monopolisés et coûtant excessivement chers, ses meilleurs services se trouvant concentrés dans des îlots géographiques isolés, son inégal accès aux soins de santé (seuls 25% des plus démunis reçoivent les soins de santé dont ils ont besoin contre 51% des plus munis, {Source : World Bank 2003, Public Expenditure Review (Banque Mondiale 2003, Revue des Dépenses Publiques)},et alors que ce sont les ménages qui doivent assurer la prise en charge des frais médicaux, la probabilité que l’État puisse fournir des soins de santé de qualité, même si en 2008, près de 69% du budget de l’État est allé aux soins primaires, est très problématique.
On devrait aussi prendre en compte que le coût des soins de qualité inclut celui des erreurs médicales et des dépenses qui en découlent. Tout cela n’est même pas inclus dans les comptes nationaux des dépenses de la santé.
Voilà les commentaires que je voulais faire. Merci.
Je suis Dr. Mihran Nazaretyan, (doctorat en Hématologie), ex-directeur de l’École d’Administration de la Santé à l’Université Américaine d’Arménie, étudiant invité de l’honorable Sir Archie Cochrane en 1980, Cardiff, Pays de Galles, professeur invité des universités médicales des pays du CIS, consultant-expert en administration de la santé du Collège Impérial de Londres, et expert-consultant en Bosnie-Herzégovine en 2004, actuellement directeur médical du Registre des Donneurs Arméniens de Moelle Osseuse en Arménie.
Courriel : nmihran@yahoo.com
II- Des nouvelles intéressant les lecteurs d’Info-Flash
Les nouvelles suivantes furent envoyées à Info-Flash par Dr. Arnauld Nicogossian, Distingué Professeur-Chercheur, Directeur du Centre d’Études des Politiques et des Pratiques Médicales Internationales, École de Politique Publique, Université George Mason, et Éditeur Senior du Journal annoncé plus bas.
Les articles des médecins et des chercheurs arméniens sont les bienvenus. Pour plus de détails, veuillez écrire directement au Dr. Nicogossian, anicogoss@cox.net . Vous pourriez aussi voir le site Internet (répété plus bas) http://www.psocommons.org/wmhp/ pour des informations complémentaires.
"J’ai le plaisir de vous envoyer des informations concernant le Journal World Medical and Health Policy.
Le Journal est dédié aux études transdisciplinaires de politique, de médecine et de santé publique. Nous espérons qu’il contribuera à l’amélioration de la santé globale en présentant une connaissance factuelle utile aux décisions à prendre dans le domaine de politique médicale.
En adoptant la perspective de la politique et de la pratique médicales, le Journal pourrait aider à se retrouver dans un univers émaillé de règles, de responsabilité légale, de standards dans les soins de santé, et à accroître les concepts éthiques et politiques dans le contexte socio-économique. En transposant l’évidence empirique au domaine de la politique, le Journal aiderait à mettre au point des programmes qui viseront à améliorer les soins de santé avec une attention spéciale aux allocations des rares ressources.
Pour le lectorat général, les thèmes suivants seront intéressants :
1- Coût Social de la tabagie.
2- Alphabétisation des femmes et des minorités.
3- Santé publique et conflits régionaux.
4- Les Impacts sur la santé des trafics internationaux et de la violence contre les minorités et les travailleurs de la santé.
5- Malnutrition et obésité.
6- Accès aux soins de la santé.
7- Les leçons apprises des désastres et des pandémies.
8- États de préparation aux situations d’urgence : politiques et programmes.
9- Infrastructures médicales (travailleurs de la santé inclus), protection et continuité des opérations : politiques et programmes.
10- Intendance et gestion des antibiotiques dans les infections émergeantes.
11- Les principes et les priorités régissant l’allocation des ressources rares.
Ces thèmes proviennent d’une étude menée l’année passée par l’université George Mason et l’Association Médicale Mondiale".
Le Journal peut être vu sur le site Internet suivant http://www.psocommons.org/wmhp/
III- Un "dialogue" utile entre Dr. Armen Yuri Gasparyan et l’Info-Flash
Il y a quelques semaines, Dr. Armen Y. Gasparyan a envoyé un message à l’Info-Flash décrivant une expérience récente faite dans le bureau de rédaction de la fameuse revue médicale Lancet. Le contenu du message étant intéressant et quelque peu intrigant, je demandai à Dr. Gasparyan quelle était la raison de son envoi et s’il voulait bien élaborer un peu plus sur son expérience. Dr. Gasparyan qui est un Professeur Associé de médecine (Arménie), un chercheur postdoctoral et clinicien au Royaume Uni, membre de plusieurs comités de rédaction de journaux médicaux, y compris les Éditeurs de l’Association Médicale Mondiale et l’Association Européenne des Éditeurs Scientifiques, accepta de le faire. Info-flash publie les deux messages.
"Hier, pour la première fois dans ma carrière académique, j’assistai à la rencontre hebdomadaire et à la vidéoconférence de Lancet à Londres. Ce fut une occasion unique pour améliorer mes connaissances en journalisme médical, pour vivre une nouvelle expérience et partager mes pensées sur les possibilités d’une collaboration internationale.
Des manuscrits qui avaient déjà passé le cap d’une première étape (c.à.d. une revue-acceptation par des collègues), étaient à nouveau discutés par les éditeurs du prestigieux journal. Il était intéressant d’observer que chaque manuscrit, même après recommandation par tous les examinateurs, avait besoin de l’approbation des éditeurs et d’un biostatisticien.
La revue par les examinateurs, souvent critiquée pour des conflits d’intérêt et pour ses approches subjectives, fonctionne tout de même bien dans ce vieux journal médical. Néanmoins derrière ces dernières discussions et commentaires, se trouve en fait le souci d’un ultime examen de l’éventuelle découverte d’un conflit d’intérêt, ce qui d’ailleurs ne peut qu’augmenter la qualité des soumissions.
Inutile d’ajouter que la majorité des soumissions à Lancet sont de haute qualité et que les manuscrits qui passent par l’étape de la revue sont des perles scientifiques.
J’ai eu la chance de discuter les problèmes découlant de "fautes" scientifiques, de fraudes, de soumissions de mauvaise qualité, et de soumissions avec des résultats négatifs. J’ai aussi présenté mes propres vues à savoir comment les petits et les nouveaux journaux pouvaient améliorer la qualité de leurs publications et prendre exemple de Lancet. Le journal publie les résultats de longues enquêtes et de longs articles basés sur un examen systématique des nouveautés, des éditoriaux sur des problèmes urgents de santé publique, etc. Chacune de leurs publications a un fort impact; cela peut se mesurer au nombre de citations que l’on fait de ces articles. L’examen de leurs soumissions est fait par un réseau de spécialistes mondiaux, y compris des experts d’Arménie. L’intérêt, le temps et les efforts de ces spécialistes sont récompensés par un abonnement gratuit au journal, ainsi que par l’offre des livres publiés par le même éditeur.
Les éditeurs de Lancet sont membres de l’Association Mondiale des Éditeurs Médicaux et de l’Association Européenne des Éditeurs Scientifiques. Le journal est membre du Comité des Publications Éthiques et d’autres organisations responsables de publications médicales de haute qualité. La plupart des bibliothèques médicales de par le monde sont abonnées à ce journal prestigieux et l’exposent dans leurs vitrines.
J’utilise toujours les articles de Lancet pour mes références et mes citations, et je les recommande à mes collègues, même si cela peut paraître du favoritisme. Ce journal fut et restera une étoile et un guide scientifique pour de nombreuses générations de médecins et de scientifiques biomédicaux du monde entier."
Dr.
Gasparyan (à droite) avec un collègue dans les bureaux de Lancet.
"La raison pour laquelle je vous ai envoyé mes impressions est de les partager avec mes collègues arméniens de par le monde grâce au Bulletin de l’AMIC. Lancet est une bonne source d’informations médicales prouvées, couplée d’une longue tradition de publications. Son premier numéro date de 1823 et à l’époque la revue couvrait surtout des sujets liés à la chirurgie. Aujourd’hui tous ces numéros sont préservés dans la bibliothèque du journal. Comme expliqué plus haut, le journal publie des résultats de recherche qui aident à améliorer les traitements de plusieurs maladies. Il publie également des rapports sur la santé publique, des biographies de leaders dans le domaine médical et scientifique qui ont révolutionné la pratique médicale au Royaume Uni et ailleurs. En fait il est enregistré aujourd’hui comme un simple journal et c’est pourquoi il combine les articles purement scientifiques avec des nouvelles relevant d’informations médicales. Il est archivé, listé et indexé dans de nombreux catalogues, dans des bibliothèques informatisées. Son influence est très grande.
En tant que médecin, chercheur, éditeur et membre des comités de rédaction de nombreux journaux, qu’ils soient petits ou grands, j’ai toujours voulu améliorer mon expérience dans le domaine de l’écriture et des publications médicales et je considère avoir une chance exceptionnelle que d’avoir pu rejoindre les éditeurs du journal, même pour un temps limité et de pouvoir apprendre et discuter les possibilités d’une collaboration future. J’ai été très impressionné par l’indépendance, l’ouverture, la flexibilité et l’objectivité de leurs commentaires. Il ne fait pas de doute que beaucoup de journaux médicaux mondiaux gagneraient énormément de l’exemple donné par Lancet. Je dois aussi avouer que le journal est bien financé et peut même pourvoir aux dépenses liées à la revue des articles.
Bien sûr en tant qu’Arménien, j’étais intéressé par les publications de mes compatriotes. À ma connaissance, durant les dernières 2 à 3 dizaines d’années, il y a eu 10 publications par Lord Ara Darzi (ex-ministre de la santé du Royaume Uni) et par ses collègues. Les éditoriaux les plus célèbres du professeur Darzi étaient consacrés au NIH, à l’éducation et à l’entraînement des médecins au Royaume Uni Lancet. 2007; 370(9596):1400-1. Darzi A, Kibasi T. Could the UK lead the world in medical education and training? Lancet, 2009; 373(9681):2095-6). Il y avait d’autres articles par des Arméniens, y compris le rapport remarquable du ministère de la santé de l’Arménie soviétique : Autier P, Férir MC, Hairapetian A, Alexanian A, Agoudjian V, Schmets G, Dallemagne G, Leva MN, Pinel J. Drug supply in the aftermath of the 1988 Armenian earthquake. Lancet, 1990; 335(8702):1388-90.
J’espère que d’autres publications de médecins arméniens suivront, couvrant des problèmes liés à la situation courante de la recherche et de l’éducation médicales, à la fièvre méditerranéenne chez les Arméniens, à la géographie médicale. J’espère aussi qu’un jour les biographies de scientifiques arméniens qui ont fait des découvertes révolutionnaires, ou qui ont amélioré les pratiques médicales seront publiées dans les pages de ce journal".
IV-Le discours de fin d’année des diplômés du Docteur Haroutioun Armenian
Dr. Haroutioun Armenian, Président de l’Université Américaine de l’Arménie (Professeur Émérite, Université Johns Hopkins) a fait le discours suivant le 9 juin 2010, à la cérémonie de fin d’année de la Faculté de Médecine de l’Université d’État d’Érévan.
"Recteur Professeur Gohar Kaylian, Chers Collègues, Chers diplômés et familles,
C’est un grand honneur d’être l’orateur du discours de fin d’année de cette prestigieuse Faculté de Médecine. Il est intéressant de noter que cette cérémonie soit appelée en anglais "Commencement", qui signifie en fait le début, l’origine de quelque chose.
C’est en effet le début de vos carrières et de votre vie professionnelle. C’est une nouvelle étape de votre vie, pleine de responsabilité. Vous devez passer par de nombreuses étapes transitoires après votre vie d’étudiant et les attentes sont nombreuses autour de vous.
D’autres orateurs ont traité de ce sujet, à savoir que l’obtention d’un diplôme est un début et non une fin. Cependant ce qu’on oublie de dire, c’est que la cérémonie de fin d’année ou le "Commencement" est un début en ÉDUCATION. Récemment, les universités ont mis l’accent sur leur rôle dans L’ÉDUCATION CONTINUE, c’.à. d. sur le fait que les individus doivent constamment se mettre à jour, améliorer leurs connaissances afin de faire face à un monde où le changement, sans aucune exception, est la règle. J’espère que vous avez appris dans votre université ce besoin de "l’apprentissage à vie".
Beaucoup de pays dans le monde, y compris l’Arménie, affirment que l’avenir consiste désormais à bâtir des sociétés basées sur la connaissance (knowledge society). La connaissance et la science constituent un fascinant phénomène humain.
Karl Popper, le philosophe des sciences le plus révolutionnaire du 20ème siècle, décrit la connaissance humaine comme le "plus grand miracle de l’univers… Ce qui est extraordinaire dans la connaissance est qu’elle propose l’existence d’objets, d’événements ou de situations qui excédent nos expériences sensorielles".
"Les objets de connaissance transcendent leurs bases sensorielles. Autrement dit, la connaissance transcende le corps ou l’organisme. Le mystère qui s’en dégage est qu’elle (la connaissance) est un guide efficace pour passer à l’action, même si la relation avec une expérience immédiate est faible". Raymond Tallis, "The mystery and the paradox of scientific medicine", Clinical Medicine, 2008; 8: 75-78.
Ainsi une société de connaissance est:
-une société dans laquelle le produit intellectuel est pré-éminent sur le matériel -une société dans laquelle la créativité et l’innovation sont encouragées aux dépens du plaisir des sens -une société dans laquelle la spiritualité est améliorée et appréciée à cause des expériences intellectuelle et créative de l’individu.
Une des choses que vous avez apprise durant votre éducation médicale est, j’espère, que votre éducation et votre carrière ne sont pas des moyens pour faire plus d’argent. Si tel était votre objectif, alors il aurait mieux fallu aller dans une faculté de commerce, ce qui vous aurait été plus profitable.
Dans un discours de 1890, titré l’Éducation de fin de siècle, Krikor Zohrab notre grand écrivain et professionnel par excellence, qui fut l’une des premières victimes du génocide, affirme : " L’Éducation consiste à apprendre pour un meilleur développement intellectuel et non pour des gains monétaires".
Durant ces deux dernières années, le monde est passé par une des crises économiques des plus sérieuses de l’histoire récente. La plus grande leçon à en tirer est que la richesse matérielle est si fragile qu’elle peut se construire et se déconstruire par l’avidité, les émotions, les perceptions et les impressions. Nous devons lutter non seulement pour la préservation de la richesse matérielle mais aussi pour celle de la richesse intellectuelle de la société et les sociétés fortes sont celles qui donnent la priorité à la richesse intellectuelle plus qu’à la richesse matérielle.
Dans une heure, vous serez désormais appelé un professionnel de la santé.
Mais qu’est ce qu’un professionnel? Il y a quelques années, j’ai découvert un article par l’un de mes professeurs à l’Université Américaine de Beyrouth, Dr. John Racy. Dans cet article, il définissait la profession ainsi : "une activité socialement acceptée dont l’objet premier est le bien-être des autres, qui doit supplanter le gain personnel". Une profession est bien plus qu’un travail; c’est une identité dans laquelle donner dépasse et précède le gain. Une profession utilise aussi des paradigmes bien définis avec des approches communes dans la pratique. Toutes les définitions et toutes les professions mettent l’accent sur la connaissance spécialisée, la préparation académique, ainsi qu’un esprit altruiste.
Mais qu’est-ce donc alors que la profession médicale? Le grand historien de la médecine, Henry Siegerist, a déclaré que l’un des problèmes en médecine est qu’à travers les âges, la technologie a toujours outrepassé la sociologie. Nous avons de nouvelles connaissances et de nouvelles technologies qui parfois prennent des décennies et parfois des siècles pour devenir partie intégrante de notre fabrique sociale. Par exemple, bien que nous ayons depuis 200 ans le vaccin contre la variole, nous n’avons pas pu éradiquer la maladie parce que nous n’avons pas la bonne stratégie sociale et épidémiologique. Aujourd’hui nous avons plus besoin de sociologie que de technologie. La sociologie dans la vie professionnelle vient s’insérer dans les utilisations et les pratiques dans les services sanitaires. Avoir affaire à de problèmes complexes comme le cancer et les maladies cardio-vasculaires demandent la mise en place de stratégies socioculturelles bien plus difficiles que ce que nous avons utilisé dans le cas de la variole. Sans la dimension sociale, la pratique professionnelle perd son âme. Nous avons besoin de découvrir non pas une série de techniques mais une série de stratégies sociales pour traiter les maladies.
Durant les cinq dernières années, j’ai été pris par le concept de la dignité dans les services de la santé. Deux de mes étudiants ont fait leurs thèses sur le sujet, l’un auprès des réfugiés palestiniens et l’autre en a comparé les indices auprès des réfugiés arméniens. Dans les deux cas, nous avons été capables de démontrer une relation entre le sens de la dignité de l’individu et son état sanitaire.
L’objectif ultime de nos efforts est de parvenir à la dignité ; dans les professions de la santé, notre but est d’aider l’individu et le groupe à améliorer leur sens de la dignité. C’est en fait le but ultime de chaque profession.
Nous sommes d’accord que les êtres humains ne sont pas juste une collection de cellules et de molécules; ils ont aussi une spiritualité qui relie ces molécules et ces cellules pour tendre vers une intégration avec des résultats conséquents. Ainsi dans chaque culture et auprès de chaque individu, il y a cette recherche de la dignité qui sert à sortir de notre complexité biologique.
Le grand philosophe et scientifique Teillard De Chardin dit "en fin de compte, la question à savoir pourquoi de mauvaises choses arrivent aux gens bons se transmue en une diversité de questions, qui ne demandent plus pourquoi des choses arrivent, mais comment y faire face, quoi faire une fois que cela arrive. Nous ne sommes pas des êtres humains ayant une expérience spirituelle, mais des êtres spirituels ayant une expérience humaine".
Notre rôle primordial en tant que médecins est de renforcer par tous les moyens le sens de la dignité des personnes qui se tournent vers nous demandant notre aide. J’espère que vous ne jetterez jamais des regards dédaigneux envers les gens. Votre diplôme ne vous donne aucun droit à l’arrogance. Votre humilité et votre simplicité seront toujours mieux appréciées, plus efficaces et dignes auprès de vos malades. Le seul moment où vous aurez un regard condescendant envers les autres, ce sera quand vous vous baisserez pour les aider à se redresser.
Quand je contemple votre future carrière, des scenarii optimistes et pessimistes me viennent à l’esprit. Le scénario pessimiste est celui où votre attention porte sur votre personne. Vous voulez faire de l’argent ‘à tout prix’ et le plus rapidement possible. Vus les problèmes économiques de l’Arménie et des pays dont vous provenez, cet état d’esprit vous conduira à quitter votre pays et vous contribuerez à la diasporisation occidentale. Le scénario optimiste est celui d’un investissement dans l’avenir de votre pays. Investir dans votre pays est une expression de confiance en votre personne que vous soyez arménien, iranien, syrien, indien, libanais, quelle que soit la nationalité que vous avez. Si vous prenez l’engagement d’investir d’abord dans votre pays, alors vous aurez la merveilleuse chance d’utiliser toutes les compétences que vous avez acquises dans cette université pour faire face à toutes les situations adverses.
Que cela soit les douze années de guerre civile au Liban auxquelles ma femme Sona et moi-même avons dû faire face, que cela soit le terrible de terre de 1988 en Arménie, ou toutes les peines et difficultés que nous avons vécues quand notre fille a souffert de la leucémie et en est morte, nous avons toujours pensé transformer la situation adverse en une expérience positive. Cette expérience positive de responsabilité sociale et de créativité scientifique et artistique est ce qui nous a donné cette force intérieure pour faire face à nos difficultés. J’espère que vous aurez votre propre expérience positive, sans avoir à vivre des épreuves majeures.
Durant mes voyages, je suis plus impressionné par ce qui nous unit les gens que par ce qui les sépare. N’accepte jamais l’idée que toute nouvelle chose ne réussirait pas en Arménie ou dans votre pays. Pour y croire, il faut d’abord que vous mettiez cette nouveauté en pratique! Vous devez l’adapter, utiliser vos compétences pour faire de cette nouveauté un projet utile à votre environnement. Cela est vrai que vous essayiez de la réaliser en Arménie, en Russie ou aux États-Unis.
Durant ce discours, je vous ai livré beaucoup de conseils, qu’ils viennent de moi ou des autres. Vous pourriez vous demander si personnellement je mets en pratique tout ce dont je vous parle. Mais cette question, vous aurez à vous la poser à vous-même, chaque fois que vous conseillerez un patient ou une personne.
Je voudrais souligner encore une fois ceci avant que vous ne receviez vos diplômes : ce sont des choses que ma femme et moi faisons tous les jours. Il est essentiel que vous les fassiez aussi si vous voulez devenir le médecin modèle et civilisé du 21ème siècle.
1- Si vous êtes fumeur, arrêtez de fumer! En ce lieu et jour il est impossible pour moi d’accepter de voir des médecins qui fument.
2- N’attendez pas d’être diagnostiqué pour de l’hypertension ou d’ un infarctus du myocarde ou du cancer du colon avant de prendre un temps quotidien pour de l’exercice.
3- Étant donné que vous êtes économiquement un professionnel ayant un bon niveau de vie, vous serez exposé à une abondance de nourritures. Goûtez-y avec plaisir mais pas pour remplir votre ventre de calories inutiles.
4- Vos 50 000 collègues d’un âge plus avancé qui ont participé à l’Étude de la Santé des Médecins nous ont appris que prendre un comprimé d’aspirine par jour décroît le risque d’un infarctus du myocarde de 30%.
Comme je l’ai dit la semaine passée de ce podium, la médecine du 20ème siècle a eu des victoires majeures dans le combat et la prévention de maladies, celle du 21ème siècle sera le siècle de la construction de notre santé. Nous appelons cela le Salutogenèse (Salutogenesis). Cela demande une nouvelle philosophie et de nouvelles approches. J’espère que vous prendrez part à cette construction d’individus et de communautés plus sains en plus de traiter et de prévenir des maladies.
À la fin de mon discours, je voudrais vous lire un de mes poèmes favoris que j’ai traduit de l’arménien[1]. Ce poème a été écrit en 1921 par le futuriste arménien Gara Darvish qui a vécu sa vie courte à Tiflis et est mort en prison, persécuté par le régime de Staline.
À Vous
De Gara Darvish
Trouve un être humain et surtout sois en un. Être un homme est un art fin, des plus fins qui soient. Être humain est très difficile et aussi, pourtant, très facile. Un homme est la personne qui voit l’humain dans l’homme. Un homme aime voir la chance chez son prochain.
Un homme partage son pain avec son prochain. Un homme adore la justice, la vérité et les droits. Un homme soulèvera le faible, embrassera celui qui se trouve à terre et l’aidera à se relever. Toi et nous tous sommes des créateurs du mal et du bon. Aime et que ton amour sincère soit ta punition.
L’amour et le sourire lyrique sont plus forts que les canons, la poudre, les cuirassés et les tanks. C’est le mot ami qui conquiert et non les armées. Les armées détruiront les frontières et les murs qui séparent les peuples Mais l’amour unira les peuples Les unira dans l’amour et seulement l’amour.
Ce poète est avec toi et n’a rien d’autre que l’amour pour respirer
Et n’a pas d’autres mots pour toi que le mot amour.
Tiflis, mai 1921.
Félicitations et bienvenue dans la grande famille des professionnels de la santé. J’espère que nous travaillerons bientôt ensemble pour construire ces communautés du futur et que nous serons ensemble, en avant, sur la ligne du front, durant les mauvais jours comme durant les bons jours.
V- Qu’est-ce que l’AMIC/CIMA?
Le Comité International Médical Arménien (CIMA/AMIC) a été formé il y a 20 ans. C’est une organisation qui regroupe (et fait la promotion) des associations médicales arméniennes de la Diaspora, créant ainsi un réseau d’échanges d’informations.
AMIC organise des Congrès Médicaux Mondiaux. Dix ont été organisés jusqu’à présent dans différentes villes de la Diaspora, le dernier étant celui tenu à New York du 1er au 4 juillet 2009.
En 2007, la "Seconde Conférence Médicale Arménienne" a été organisée par l’Arménie et tenue à Érévan (juin 28 à juin 30). La 3ème sera organisée durant l’été 2011.
AMIC publie depuis 1998 un bulletin d’informations, distribué gratuitement par voie électronique à tous les professionnels de la santé. Si vous êtes un professionnel de la santé et désirez recevoir l’Info-Flash, veuillez nous envoyer votre adresse courriel à aida@amic.ca ou amic@amic.ca . Si vous changez votre adresse, n’oubliez pas de nous en aviser. Info-Flash est posté sur GROONG, mais dans un format différent, sans graphiques ni photos, en conformité aux règles de GROONG. Pour le recevoir individuellement, dans son format originel, veuillez contacter le bureau de l’AMIC (aida@amic.ca). Pour plus d’informations, visitez notre site Internet : www.amic.ca
Depuis 2005, AMIC publie un journal scientifique en langue anglaise, en collaboration avec Regimedia, l’"Armenian Medical Review". Le 4ème numéro a paru. Pour vous abonner, veuillez écrire à aida@amic.ca ou visiter le site Internet www.amic-review.com
Une information utile: si vous désirez envoyer gratuitement des équipements/médicaments en Arménie, d’où que vous soyez dans le monde, vous pouvez le faire à travers les services de l’"United Armenian Fund", dont le président est M. Harout Sassounian (sassoun@pacbell.net).