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Avril 2011

 

NUMÉRO SPÉCIAL DU FEUILLET D’INFORMATION DE L’AMIC

Dr. Hamlet Tamazian                                                                                                        In Memoriam                                                                                                                     1947-2011

 

Le texte suivant écrit et préparé par les docteurs Michel Dervichian et Serge Simonian en mémoire du docteur Hamlet Tamazian a été envoyé à INFO-FLASH la semaine passée.

Le président de l’Éxécutif de l’AMIC, Dr. Avedis Bogosyan, ainsi que les membres de l’Éxécutif voudraient exprimer leurs condoléances à la famille du défunt, un collègue bien connu et ami d’un bon nombre des membres de l’AMIC.

 

Hamlet TAMAZIAN est né le 1er mai 1947 à ODZOUN dans la région de TOUMANIAN  dans une famille modeste. Son père  Sergueï  était chauffeur et sa mère Dzaghig responsable de toute  la famille. Hamlet a une  sœur Silva qui dirige actuellement le centre diagnostique  de l’Institut Mikaelian et un frère Hovig également employé  à l’Institut, maintenant retraité. Les TAMAZIAN  sont  originaires d’ODZOUN depuis  les  années 1700  avec une généalogie connue sur sept générations. La famille serait originaire du Karabagh.

Hamlet fait  ses études primaire  et secondaire  à l’école Griboedov  d’Érévan .

Il  entre à la Faculté de médecine  d’Érévan  en 1966. Durant ses études, il épouse en 1968,  Angéla ARAKELIAN, originaire de Gumri, qui deviendra gynécologue. Deux enfants  naîtront  de cette union : Loucine en 1969 et Arthur en 1971.  Il termine ses études en 1972 date à laquelle il obtient son diplôme  de docteur en médecine.

Durant  ses études il pratique la boxe  -son sport préféré-  dans le milieu universitaire, dans la catégorie des poids mouche ou coq  avec de nombreux succès. Sa  spécialisation  chirurgicale  se fait grâce à ses  « maîtres »  (ou  patrons ) Viguen MALKHASSIAN, Alfred  AVAKIAN, Yvan  GEVORKYAN et Haroutioun  MINASSIAN .

 

 Selon les lois soviétiques en vigueur à l’époque, il est tenu de travailler 3 ans en dehors d’Érévan. Il est affecté comme chirurgien à l’hôpital  d’ALLAVERDI en 1972. Compte tenu de ses compétences il est nommé, un an plus tard chef du service de chirurgie de l’hôpital d’AKHTALA où il  restera  jusqu’en 1977. De 1977 à 1978  il  est  chef de service de chirurgie  de l’hôpital de la région de TOUMANIAN avec la responsabilité  de toute la région.

 

 Dans le cadre  de la  coopération  sovieto - algérienne, il est envoyé en 1978 avec son épouse Angéla en Algérie, à Souk Arras, près de la frontière  algéro-tunisienne. Il travaille  comme chirurgien  et enseignant. Angéla travaille à la maternité  comme gynécologue. Durant  cette période de presque trois ans ils apprennent  le français et un peu l’arabe ce qui leur sera fort utile  plus tard.

 

Rentré  d’Algérie, il retourne à l’hôpital de la région de TOUMANIAN  et reprend ses fonctions  de chef de service jusqu’en 1983. À cette date le Pr. Alexandre  MIKAELIAN le nomme chef du service  de chirurgie générale dans son Institut et enseignant  à la Faculté de médecine. 

 

En 1986 , il est nommé  Professeur agrégé  dans sa spécialité, à Moscou, à  l’Institut  PETROVSKI, l’Institut  MIKAELIAN  d’Érévan  dépendant  de l’Institut  PETROVSKI  de   MOSCOU.  Il est en rapport avec des Russes, des Géorgiens, des Azéris pour  des publications et des travaux scientifiques.

 

Après le séisme du 7 décembre 1988, il accompagne en France  un groupe d’enfants blessés  ayant  besoin  de soins  chirurgicaux  et de rééducation. Les enfants sont  logés à l’hôpital  de Saint Maurice  dans le Val de Marne. Lors  de ce séjour il rencontre les médecins arméniens de la région parisienne, membres  de  l’UMAF et en priorité  le Dr Serge SIMONIAN. Les liens  amicaux, fraternels se nouent et perdurent. Une   grande coopération franco-arménienne va dès lors se développer. Il obtiendra une médaille d’honneur de la part du  gouvernement  arménien pour son action  professionnelle et humanitaire lors du séisme.

 En  1991,  le directeur  de l’Institut  le Pr. Alexandre MIKAELIAN décède. Le  « collectif »   le nomme Directeur  de  l’Institut. Il  gardera  ce poste  jusqu’à sa mort.

En 1994,  il prend la direction de la chaire  de chirurgie  de la Faculté de médecine d’Arménie. Il crée  une école spécifique pour la formation  des chirurgiens. Il  a écrit  ou participé  à  231  publications dans la littérature  soviétique ou arménienne. Elles traitent surtout des pathologies du pancréas et de l’estomac. Il a présenté  45 élèves à  la  thèse de doctorat  en médecine. Il a formé  dans son service 108 chirurgiens.  

 

 

 

La coopération  entre  l’UMAF  et l’Institut  MIKAELIAN date des années 1990 favorisés  par la francophonie, la francophilie d’Hamlet. Des échanges  bilatéraux multiples  permettront  des avancées  remarquables  dans  plusieurs domaines : chirurgie digestive, coelio - chirurgie, radiologie ( scanner ), chirurgie  de la main, endoscopies digestives, installations techniques  telles l’oxygène, l’air comprimé, l’aspiration, les matériels modernes de chirurgie en premier lieu  les fils. Plusieurs chirurgiens  sont venus en France pour leur formation. Il faut rappeler  la formation en chirurgie hépatique  et l’apprentissage  de la transplantation  hépatique. Hamlet  a passé plusieurs mois à l’hôpital Beaujon  pour maîtriser  la technique de la greffe hépatique. Il a  connu tous les présidents  de l’UMAF  depuis 1990. Hamlet a la volonté d’introduire dans son hôpital  toutes les techniques chirurgicales lui paraissant  un progrès par rapport à la médecine soviétique.

 Lors  de la guerre du Karabagh  de nombreux blessés ont pu être soignés dans l’hôpital. Hamlet  recevra plusieurs  décorations  pour son implication  médicale et humanitaire.  

En 1997,  il  est nommé « docteur honoris causa »   de la Faculté  de médecine  de Tiflis.  Il entretient   des relations  avec diverses Facultés étrangères : New York, Berlin, Moscou, Paris, Los Angeles, Tiflis,  Saint- Petersbourg, Marseille, etc. . L’indépendance  de l’Arménie  lui permet d’établir  des liens  avec la diaspora. Il perd  en  2009 son  compagnon  Simon,   comme  lui  chirurgien  digestif.

Il faut  ajouter qu’en 1993 il est nommé « citoyen d’honneur de la ville d’ALLAVERDI »  et en  1994  il devient  le responsable médical  de la fédération arménienne de boxe  dont il sera plus tard  le président.

 

En  2001, l’Institut Mikaelian  se privatise et Hamlet en devient l’actionnaire  principal. Son fils Arthur  devient  Directeur  de l’Institut tandis qu’Hamlet  assure  la présidence  du  groupe .

Il   refuse à plusieurs reprises le  poste  de ministre  de la santé d’Arménie. En 2003  il est élu  au parlement arménien  pour la région  du  Tavush  et de  Lori. Il  ne se présente pas pour un second mandat  en raison de  sa maladie  qui débute en mars 2006.

En  2008, suite à sa maladie son fils Arthur prend la  direction  complète de l’Institut  Mikaelian.

 

 

Hamlet  est  très attaché à sa famille. Son   bonheur et sa fierté  sont ses 5 « tornik »  (4 garçons et une fille). Sa fille Loucine, ophtalmologue, mariée à un juriste Souren  a 3 enfants : David,  Edgar , et  Rima.  Son fils Arthur  dont l’épouse  Rufina est chirurgien  a deux enfants. L’aîné, Hamlet, est étudiant à Los Angeles, le second Alain est lycéen. Tous deux sont anglophones et francophones.  Alain  et Hamlet sont des poètes  de talent comme vous pourrez le constater sur le poème  ci-joint d’Hamlet junior.

 

 De  2006 à 2011, en raison de son état  de santé , il fait de fréquents séjours en France  où  il est pris en charge par  le  Pr  Alain BISSON et  le Dr  Norbert  AVETYAN. Il s’éteint  le 27 février  2011. Il  repose  au cimetière  de NORK, prés  de son père  décédé en  1994,  au sommet   d’une colline  dominant toute la ville. Nul doute que son esprit sera longtemps présent en Arménie  et  en particulier  à l’Institut  Mikaelian.

 

 

 

AU  REVOIR   MON  AMI,  MON  FRERE .

 

 

 

          Poème écrit par son petit fils HAMLET, immédiatement  après  sa mort  le 28 février  2011. Étudiant à Los Angeles, son grand père lui avait  demandé de ne pas venir  en Arménie pour les obsèques.

 

 

 

 

 

Tuc.  March 1,  201I   I1:57:08 AM

 

 

When your eyes are burning,

And your heart is sunken.

When your heart is low,

And your senses drunken.

As your thoughts are drifting,

And your mind can't remember,

How time has been shifting,

And how soft and tender

Were the hands of the ones

That you will remember.

That you'll lock them in the deepest chamber,

Of your mind; and t'was in late December,

That the melancholic tones,

Which empowered as stones,

Would break my bones.

The drill, the chill, the shrill, and still,

Still I remember,

The burning flames of ember,

As they flicker out and re ignite with his fiery sense of temper.

The flames will never die,

Truth never lies,

And as the soul reaches the skies,

And with new found freedom it flies,

I sit on the other side and think.

When nothing else matters,

 When no other thought,

dares cross your mind.

And though I don't want to accept the charges,

There is no denying

The undeniable,

When its impossible to ignore

What matters most.

The one who was a constant host,

For whom I drink this eternal toast,

For the rest and peace if his beloved ghost.

But first and foremost,

I raise this glass

(As these dreadful hours pass)

For the class of his that none can surpass.

As far as 1 am: in the depths of this far far west,

Looking towards the m**rning east,

and as the spirits gather to feast,

1 check my compass,

To see where I'm going,

Where the stars are showing

And his eyes are glowing,

And his life and legacy into us are flowing.

That supremacy we'll maintain living,

Though tears from my eyes are dripping,

Once again I promise,

The name will continue living,

The mind, the spirit, the soul, will continue living.

Fог as long as I breathe,

You I won't leave,

Great heights we'll achieve,

And your memory will live,

Your life will continue,

As I will live.

 

 

From Hamlet Tamazyan

junior for my grandpa

 

 

 

              

 

 

      

 

 Le rituel funéraire en Arménie est  très différent  de ce que  nous  connaissons en France. Une description  pourra  intéresser  quelques  personnes. Le corps du défunt  après  avoir reçu  les soins appropriés, fut exposé 2 heures durant à l’hôpital  pour permettre à tout le personnel  de l’honorer  par un dernier  adieu. Le corps, visage  découvert, fut ensuite exposé  24 heures dans la demeure familiale. Durant  cette période  des milliers  de gens  sont venus  le saluer  et présenter  leurs condoléances. Le  défunt était  placé au centre du salon.

De nombreuses femmes  étaient dans  le salon  partageant la douleur  et les pleurs  des proches. Les hommes  étaient dans les autres pièces et dans le jardin.  Le va et vient incessant  dure 24 heures. De nombreuses  personnalités, des ministres, des députés, des membres des corps constitués, médecins, amis, sont venus rendre hommage au défunt  dont le visage  était apaisé, serein, presque souriant. Inutile  de préciser que la circulation  aux abords du domicile  était  très  ralentie malgré le service d’ordre.

 

Le lendemain  nous sommes retournés au domicile pour la  suite  de la cérémonie. La foule  avait envahi la cour et les rues adjacentes. De  nombreuses personnalités  du monde  politique  et  médical  étaient  présentes  et bien sûr  ses proches, ses amis, le personnel  de l’hôpital. Des  dizaines  de couronnes  étaient  placées  dans la cour  débordant  jusque dans la rue. Le chien, berger allemand ordinairement agressif lors de la venue d’un étranger était muet en raison du décès de son maître . Il se fera entendre une fois en aboyant lors du dernier départ de son maître. Les préparatifs pour le départ au cimetière sont  ordonnancés  par deux  prêtres. Le cercueil  est porté dans la cour. Selon un rituel  habituel,  on fait effectuer trois tours  au corps  du défunt, puis ce dernier visage découvert, salue trois fois sa demeure. Le  cercueil est placé dans une  fourgonnette  placée à cent  mètres de la maison. Chacun regagne sa voiture et un long convoi se dirige  vers le cimetière.

La   cérémonie  au cimetière est  riche en  symboles. Le cercueil est amené  près  de la tombe. La famille entoure  le défunt et la foule nombreuse  forme plusieurs cercles. Un orchestre de cinq musiciens  joue des  airs  de circonstances. Les prêtres  remplissent leurs offices. Deux discours  sont prononcés  l’un assez long  du  « tamada »  Aruchan  HAGOPIAN , orateur ou porte parole du Conseil  Constitutionnel  retrace  la vie d’Hamlet, le second  plus court  d’Onik MELKONIAN  son collaborateur ancien et dévoué . Les instants précédant la mise en terre  sont très émouvants. Les 4 hommes les plus proches d’Hamlet : son fils Arthur, son frère, son gendre  et l’aîné de ses petits fils  déposent chacun une poignée de terre  aux  quatre coins du cercueil. Les femmes  font  leurs adieux. Elles  doivent  quitter le cimetière comme  le veut  la tradition. La mise  en terre est faite entre hommes. Le cercueil  est fermé puis mis en terre et recouvert de plusieurs mètres cubes de terre. Il repose dans le tombeau familial près de son père.

 Une cérémonie  est ensuite prévue dans une grande salle  proche  du cimetière. Lorsque nous arrivons, les femmes sont déjà  assises. Les  couverts sont prêts pour 450 personnes. Toutes les personnes présentes au cimetière sont invitées. Plusieurs portraits d’Hamlet sont dans la salle. Le tamada , qui avait  prononcé une longue allocution,  coordonne  les discours. Le repas  est traditionnel : viande de bœuf bouilli  accompagnée  de pommes de terre également bouillies  avec vin mais sans dessert. Plusieurs toasts sont portés avec le même cérémonial : les hommes debout   et les femmes  assises. Les médecins et amis venus  de l’étranger sont  remerciés  en particulier les Géorgiens qui répondent au tamada en  prenant  à tour de rôle la parole en russe. Les deux médecins français que nous étions sont salués et remerciés. Ainsi se termine la deuxième journée des obsèques.

 Le lendemain  les proches et  la famille  se réunissent  au domicile  puis vont  au cimetière  pour une  nouvelle cérémonie à laquelle nous n’avons pas pris part.

Chaque  jour, comme le veut la tradition, la tombe est  recouverte d’œillets  blancs.

La cérémonie suivante a lieu le 7ème jour  puis le requiem au  40ème jour.

 

 

Note de l’éditrice : le poème a été gardé bien sûr dans la langue originelle, par respect à son auteur et au défunt docteur Tamazian.